Le pèlerin...
Ramadan. Jours interminables.Les gens se traînent au soleil lourd.
Voilà qu'à l'heure de midi on trouve, à l'ombre d'un figuier, une sorte de guenilleux qui mord dans un arc de pastèque. Près de lui un flacon de vin, du pain, des oignons, des olives. Quelques dévots se le désignent, ils l'insultent, ils lui crachent aux pieds, ils l'empoignent par le burnous, il le traînent chez le cadi et, l'index vengeur, ils l'accusent.
Le juge, du haut de sa chaire, se penche sur lui, l'air mauvais.
-Une pastèque ? Des olives ? Du pain? Du vin ? Comment as-tu osé festoyer en plein jour alors qu'Allah, misère d'homme, nous l'interdit formellement ?
-Veuillez me pardonner, lui répond le coupable, je ne connais pas vos usages, je ne suis pas de ce pays.
-Qui es-tu donc ?
-Un pèlerin.
-Faux! dit quelqu'un dans l'assistance. Je connais cet homme, Cadi, je le rencontre tous les jours. Il vit dans un gourbi brûlé, au fond de la rue des Pêcheurs.
-Qu'as-tu à répondre à cela ? dit le juge, les crocs féroces.
-Ceci, Seigneur Cadi. Imagine qu'un jour tu te rends à la Mecque. Tu quittes ta maison. Tu es un pèlerin.Tu fais ce que tu dois. Tu es un pèlerin. Tu t'en reviens chez toi. Tu es un pèlerin. Mon pays n'est pas de ce monde. Un jour je l'ai quitté pour m'en venir ici, c'est Dieu qui l'a voulu. Je retrouverai ma maison dans l'au-delà, un jour ou l'autre.
Ne suis-je pas un pèlerin?
Henri Gougaud
A bientôt !