La source qui ne voulait plus couler...

Publié le par catherinedepaz.

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Dans une jolie prairie verdoyante, coulait une source. L’eau en était claire, limpide, et abondante, si bien que tout le monde pouvait s’y approvisionner, sans que jamais, même lors des plus grandes sécheresses, son flux ne diminue.

La source vivait en paix avec tous ses voisins, la terre autour était fertile, et tout le monde en bénéficiait : le manguier qui poussait tout près, l’herbe verte, les vaches, les oiseaux et tous les autres animaux qui venaient s’y abreuver.

Un jour, le fermier s’approcha et lui dit : « Source, je vais diriger ton eau vers certaines parties de mon champ pour y cultiver des légumes, Le reste du champ n’en a pas besoin ; ton débit sera plus important, et mes légumes pousseront mieux. »

Sur le moment, la source, n’y voyant aucun inconvénient, le paysan lui donna son accord. Le Paysan érigea donc de petits murets tout au long du nouveau parcours et la source s’y engagea gaiement. Elle se sentait vaguement gênée, un peu à l’étroit, mais elle ne s’en faisait pas trop et continait à chanter tout au long du jour.

Cependant, regardant non loin d’elle, elle aperçut le manguier, tout triste, qui regardait ses feuilles tombées à ses pieds, et elle commença à s’inquiéter de ne plus voir man-ga, la vieille mangouste qui n’arrivait pas à escalader le muret pour venir boire. Les crapauds étaient moins nombreux car seuls quelques-uns franchissaient ce muret et le petit chiot de Monsieur Rapia ne pouvait plus venir essayer d’attraper les brindilles qui glissaient au fil de l’eau.

Alors, la jolie source devint triste. « Moi, ce que j’aime, c’est donner mon eau à tout le monde, pour que tout le monde soit heureux autour de moi, là, ça ne va pas ! » elle le dit à Monsieur Rapia qui lui drépondit moqueur : « cela ne sert à rien de gaspiller ton eau comme ça sans qu’il y en ait un bénéfice, les raziers* , ça ne rapporte pas d’argent ! » Et il s’en alla.

Mais de jour en jour, la source était de plus en plus mal à l’aise, elle se disait : « est-ce qu’on dit à Monsieur Soleil pour qui il doit briller ? » et, comme toutes les personnes très tristes, elle fit une dépression. Son débit diminua peu à peu et il ne resta bientôt plus qu’un petit filet d’eau au fond de son lit. On appela alors d’abord le sourcier, qui fit monter, descendre et tourner sa baguette, puis, comme la situation avait l’air d’empirer, on fit appel aux « spécialistes » : des messieurs ingénieurs  spécialement formés au traitement des sources. Mais rien n’y fit. Il fallait se rendre à l’évidence, la source se mourrait…

Alors, la petite fille du fermier s’approcha elle regarda la source et lui dit : «  source, je suis triste, je ne peux plus jouer avec toi et mettre mes bateaux en papier pour qu’ils naviguent !...comment peut-on te guérir ? La source fit un effort pour tourner son regard vers elle car elle l’aimait bien et murmura : « Je ne peux pas couler, trop serrée..étouffe.. libère-moi… ! »

Un des ingénieurs qui était sans doute moins stupide que les autres l’entendit et dit : «  Il faut la laisser couler où elle veut, c’est ça…. »  Avec l’aide de ses collègues, il enleva le muret pendant que le fermier bougon marmonnait dans sa barbe.

 Alors, il y eu quelques petits hoquets, et l’eau se remit à couler, largement, joyeusement, trempant les souliers et les bas de pantalon, caressant au passage des arbustes desséchés et chantant sur les cailloux. Et l’on entendit alors le sourcier dire à voix basse : « je l'ai toujours dit qu’il ne fallait pas contrarier une source… »

*brousaille, en créole.

 

A bientôt

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